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Notre point de vue

Notre équipe commmente :

Le 08 Mars 2010

Les droits et la démocratie revus et corrigés par les conservateurs 

     Droits et Démocratie est un organisme, créé par le parlement Canadien en 1988, qui « s'emploie à promouvoir, en collaboration avec des individus, des organismes et des gouvernements, au Canada et à l'étranger, les droits humains et les droits démocratiques tels que définis dans la Charte internationale des droits de l'homme ». Durant plusieurs années, D&D a grandement contribué à l'avancement des droits humains au pays, à la promotion de la démocratie et au rayonnement du Canada à l'étranger.

Il va sans dire qu'un organisme tel que Droits et Démocratie ne peut jouer le rôle qu'il  lui incombe sans qu'il soit totalement indépendant face au pouvoir exécutif et donc du parti au pouvoir. Or, la crise qui sévit depuis plusieurs semaines au sein de l'organisme, suite aux dernières nominations au conseil d'administration de Droits et Démocratie par le gouvernement, a fait craindre à plusieurs observateurs, et à juste titre, que le parti conservateur ne tente d'utiliser Droits et Démocratie pour promouvoir sa vision des droits et de la démocratie. C'est qu'il semble que le gouvernement Harper est très mécontent des prises de positions de D&D, particulièrement en ce qui concerne le conflit au moyen-orient. Les nominations sont un moyen efficace, semble-t-il, pour corriger la situation.

On aurait cependant cru, surtout après les déclarations du ministre Cannon, qu'on tentera tout de même de préserver un semblant d'indépendance pour l'organisme, en nommant à sa tête une personne dont les qualités pour occuper ce poste sont unanimement reconnues. Malheureusement, la réalité sera toute autre. 

En effet, M. Gérard Latulippe est tout sauf un candidat idéal. Ces idées sont incompatibles avec la mission de Droits et Démocratie. Les exemples pour illustrer cet état de fait ne manquent pas. Dernière en date : ses récentes déclarations sur la nécessité de la mise sous tutelle -voire la recolonisation- d'Haïti. À moins que ces propos ne soient en parfait accord avec le point de vue conservateur sur la question, M. Cannon devrait reconsidérer cette candidature.

Toujours dans le même esprit, celui de la hiérarchisation des civilisations et des cultures et de la psychologie des peuples, M. Latulippe nous livrait, en plein débat sur les accommodements raisonnables au Québec, son opinion concernant les problèmes que poseraient les immigrants musulmans dans la société québécoise qui d'après lui seraient plus important que ceux qu'auraient posés « les Italiens, les Polonais, les Grecs, les Latino-Américains, les Haïtiens ou les Vietnamiens ». Ce texte islamophobe paru dans le Devoir en 2006, dans lequel les musulmans Québécois sont décrits comme un groupe parfaitement homogène venant « de pays où se pratique un intégrisme religieux » est truffé d'inexactitudes sinon de mensonges. C'est le cas, par exemple, quand M. Latulippe nous apprend qu'au Maroc : « Une femme battue ne recevra justice devant les tribunaux que si deux témoins masculins témoignent en sa faveur ». Or, il s'avère que rien n'est plus faux: il n'existe aucune différence dans le code pénal de ce pays, (pays où des femmes sont juges, parlementaires et ministres), entre le témoignage d'une femme et celui d'un homme. Notons par ailleurs que le fait d'avoir eu recours à une telle stratégie dans le cadre du débat sur les accommodements raisonnables nous révèle quelle idée M. Latulippe se fait des droits des minorités: des droits et une citoyenneté conditionnels aux politiques des pays d'origines.

Dans le même texte, l'auteur ajoute : « pendant le ramadan, plusieurs Marocains à bord du vol Casablanca-Montréal de la compagnie Royal Air Maroc ont provoqué un tollé en protestant fortement contre le fait que le repas a été servi aux passagers pendant la période de jeûne ». Or, il s'avère qu'il est permis -et selon certains avis fortement conseillé- aux musulman(e)s, même celles et ceux « dont le comportement social est dicté par une forme d'intégrisme religieux » de ne pas jeûner le ramadan en cas de voyage.

De deux choses l'une : soit M. Latulippe a été très mal informé pendant son séjour en « terre d'Islam » soit qu'il a interprété très librement ce qu'on lui a dit. Dans les deux cas et à moins que M. Latulippe ne change radicalement ses idées sur plusieurs sujets -comme il l'avait fait à plusieurs reprises au cours de sa carrière- sa nomination à la tête de Droits et Démocratie nuira incontestablement à cet organisme. En d'autres termes, comment une personne avec une perception aussi réductrice et négative de l'islam et des musulmans pourra-t-elle mener à bien les différents projets et programmes que poursuit D&D notamment dans certains pays musulmans ?

Finalement, ce qui est navrant, plus que les propos, les commentaires et les idées de M. Latulippe, c'est que le gouvernement du Canada choisisse une telle personne pour présider une institution dont la mission est de faire progresser les valeurs de la démocratie et des droits de la personne partout dans le monde.