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Entrevue

Montreal, le 18 Mai 2009

-Entrevue de RCI avec Leila Bdeir porte-parole PMM

Par Leila Bdeir
Traduction française de l'entrevue de Radio-Canada Internationale en langue arabe

Nous vous souhaitons de nouveau la bienvenue à Madame Leila Bedeir, porte-parole de Présence musulmane Montréal.

Leila Bedeir, bonjour et bienvenue.

 

Bonjour !

 

Leila, encore une fois, le débat sur le hijab refait surface,  particulièrement à Montréal. Vous  avez publié un article dans le journal francophone « Le Devoir  » sur la question. Pourquoi ce débat ressurgit-il ?

J’aimerai attirer l’attention sur le fait que Leila est arrivée très jeune ici et que malgré cela, elle parle arabe.

Comprenez-vous l’arabe littéraire, Leila ?

 

Oui si on veut, surtout que je suis au courant du sujet, je pense que ça va être un peu plus facile.

 

Pourquoi d’après vous, le débat sur le voile a resurgit ?

 

Je pense que la question principale ici n’est pas celle du voile. Il s’agit plutôt d’un débat sur la question de la laïcité dans la société Québécoise. Je pense que c’est parce que, l’expérience avec le fait religieux a été difficile au Québec, particulièrement en ce qui a trait aux droits des femmes, qu’on dit du hijab que c’est un « symbole » .. Ce qui rappelle ici une expérience difficile. Je pense que c’est cela qui resurgit.

C’est vrai qu’il s’agit d’un sujet délicat. Cependant, nous devons absolument en débattre car il y a des personnes au sein de la société Québécoise qui conçoivent difficilement la présence de ce symbole dans la société.

 

 Ce symbole religieux, comme vous avez dit..

En fait, vous faisiez allusion à la période pendant laquelle l’Église exerçait un grand pouvoir dans la vie des Québécois.

 

Parfaitement !

 

Et le Québec est parvenu à travers la révolution tranquille à dépasser cette étape et à séparer le religieux de la vie publique. 

Vous, vous défendez le droit du port du voile (droit qui d’ailleurs a été soutenu par la Fédération des femmes du Québec) alors que vous, Leila, vous ne le portez pas. Pourquoi alors  défendre le [droit du port du] voile ?

 

Parce que je pense qu’il s’agit de la défense du même droit : c’est-à-dire que personne ne doit nous obliger  à porter le voile et de la même façon personne ne doit obliger une femme qui désire le porter à le retirer.

Et je pense que la société et la démocratie québécoises reconnaissent le droit à la liberté et la conscience religieuses. Ces droits existent. Nous ne demandons rien…Les femmes voilées par exemple, ne demandent donc rien en dehors du cœur du cadre politique québécois. 

 

Vous avez dit que la femme a le droit de ne pas porter le voile et que de la même façon elle doit également avoir le droit de le porter et personne n’a le droit de lui demander de le retirer. Est-il arrivé que quelqu’un ait  demandé à une femme voilée de retirer son voile ?

 

Non, justement. C’est cela le problème. Nous sommes en train de créer des problèmes potentiels qui n’existent pas actuellement. D’après ce que nous voyons et ce que nous confirment plusieurs personnes, les gens arrivent à concilier leurs besoins spécifiques, notamment religieux, et leur vie quotidienne. Et il ne s’agit pas uniquement d’Islam. Mais on a tendance à parler plus de l’Islam, surtout après les événements du 11 septembre 2001 à New York et à cause du fait que symbole religieux -qui est hijab- est très apparent. On a donc tendance à insister sur cette communauté. 

Cependant, je pense, que la plupart du temps, les gens trouvent des solutions concertées sans avoir recours aux droits ou aux lois. Je pense d’ailleurs que nous n’avons pas besoin de nouvelles lois.

De plus de toutes façons, il n’y a pas d’indications, du moins actuellement que le gouvernement Charest présentera de nouveaux projets de lois pour changer celles actuellement en vigueur.

 

Donc le  gouvernement du Québec n’à aucune intention ni de projet de loi pour changer les choses.

 

Tout à fait !

 

Bon, Leila, nous constatons qu’il y a au sein de la communauté musulmane et parmi les femmes précisément, une grande diversité voire une contradiction  dans les points de vues adoptés : il y a des femmes musulmanes qui refusent totalement tout changement permettant ce qu’on a appelle ici « les cas particuliers »  et il y a d’autres femmes musulmanes  qui insistent sur l’importance du port du voile et sur la nécessité de le défendre (défendre le droit de la femme de le porter).

Comment expliquer ces divergences au sein même des milieux des  femmes musulmanes ?

 

Je dirais pour commencer que quand on parle de la communauté musulmane, on en parle comme si toutes les personnes doivent nécessairement avoir la même opinion ou comme s’il y avait un seul point de vue au sein de la communauté. Cependant, comme dans toutes les communautés, il y a des personnes dont l’opinion est différente de celle des autres. Je pense que ça serait dangereux si on laisserait une seule voix parler au nom de toutes les femmes musulmanes. Il faut donc qu’on puisse entendre les deux opinions : celle qui est pour le hijab et celle qui est contre.

Je pense que c’est normal. Par contre, ce qui est malheureux c’est que les voix qui s’élèvent le plus souvent, sont celles de personnes qui ont une expérience peut-être difficile avec la religion musulmane ou encore des personnes qui ont vécu dans des pays dont le climat politique et social était difficile comme l’Algérie, l’Iran ou l’Arabie Saoudite par exemple. Le statut de la femme y était très difficile.

Cependant, je ne pense pas que nous devrions importer ..

 

Les problèmes des « mères patries » 

 

Oui, les questions qui étaient importantes dans ces pays, ici. Ici, nous avons un contexte totalement différent et je pense que ça serait dangereux si les gens ayant vécu des expériences difficiles transposaient ces préjugés aux gens vivant ici, c’est-à-dire, aux Québécois de confession musulmane.



En parlant de Québécoises et Québécois, en votre qualité de membre et porte-parole de Présence Musulmane Montréal, jusqu’à quel point, d’après vous,  la société et plus précisément la femme Québécoise comprend profondément la réalité de la femme musulmane et du débat autour du voile ?

 

 Je pense, comme je l’ai dit tout à l’heure, que l’Histoire difficile du Québec avec le fait religieux créé une sorte de « filtre ». C’est probablement difficile pour des gens qui ne sont pas souvent en contact avec des personnes de confession musulmane ou des femmes qui portent le voile d’écouter des voix de femmes portent le voile affirmant : « personne ne nous a obligé c’était .. »

 

 Un libre choix ..

 

« Un libre choix …à partir de notre conviction religieuse ». C’est  donc difficile pour des personnes non musulmanes et qui n’ont aucun contact avec des femmes musulmanes de croire ces affirmations s’ils se fient à ce qu’on leur rapporte dans l’actualité ou encore ce qu’ils voient à travers les films.

Cela est compréhensible et peut-être même normal. Cependant, il est essentiel de continuer travailler pour éradiquer ces incompréhensions afin de rapprocher les Québécois non musulmans de leurs concitoyens musulmans et c’est cela le but de l’association citoyenne Présence Musulmane.

 

En quelques mots, pourquoi avez-vous choisi de ne pas porter le voile, Leila ?

 

Parce que ce n’est pas un choix qui me convient. Je ne suis pas dans cet état psychologique ou religieux. Cependant, si je veux être sûre que personne ne m’obligera un jour à porter le voile, je dois défendre le droit des femmes qui veulent le porter.

Comme on dit toujours, obliger une femme à retirer le voile est contraire aux droits humains, l’obliger à le porter est contraire à l’Islam.

 

En tout cas, le débat continue et ne va pas finir si tôt..

Leila Bedeir, porte-parole de l’association Présence Musulmane Montréal, merci !

 

Merci beaucoup !