Suite à la campagne de diffamation menée par Point de bascule et le
Congrès musulman canadien contre Tariq Ramadan et ses collaborateurs
dans Le Devoir du 5 novembre 2009, il apparaît manifeste que
les moyens d'exprimer le désaccord, pour le moins, ont trouvé leurs
limites en publiant un encart publicitaire en page deux du journal.
L'aveu de faillite ne peut être plus évident : à défaut d'arguments et
d'idées, le seul recourt du discours haineux et indisposé pour (voire
par) le dialogue est de payer un espace de propagande pour s'attaquer
aux personnes dont on n'est capable de discuter les écrits et les
paroles si ce n'est en les trafiquant.
Sans esprit de structure, ni même de la moindre idée directrice dans
le texte en question, les auteurs n'ont au fond réussi qu'à compiler
les lancinantes redondances peu imaginatives des détournements et
rumeurs servis par une certaine presse peu amène à l'endroit d'un
discours musulman occidental qui s'affirme dans le respect constant des
cadre constitutionnel, démocratique et laïc de l'Europe et de
l'Amérique du Nord.
En effet, ce qu'il faut lire entre les lignes ce ne sont pas tant
les mensonges, qu'on n'est d'ailleurs même pas capable d'inventer
soi-même, mais le refus borné de pénétrer l'espace de la délibération
sociale et citoyenne avec la modestie qui s'impose lorsqu'on reconnaît,
dans les faits, la pluralité, autrement dit la légitimité de la
présence et de la différence des autres. Bien au contraire, on ne fait
qu'assister depuis quelque temps à l'intarissable déversement de fiel
de la part de prétendus « bien-pensants » qui ne font montre en fin de
compte que de leurs poings et de leurs postulats sans la
moindre preuve de ce qu'ils avancent. L'appel à la cessation immédiate
de tous les châtiments corporels est disponible sur notre site depuis
mars 2005…
Le vrai défi qui nous occupe est manifestement bien loin de ces
provocations sans substance. En fait, il s'agit enfin de faire l'effort
inconfortable de prendre nos responsabilités face au climat de déficit
de confiance et de suspicion tous azimuts qui caractérise les relations
avec l'islam occidental. Au-delà du devoir citoyen de construire une
présence positive et participative au développement de la société dont
nous avons le souci en partenariat avec toutes les bonnes volontés
préoccupées de justice sociale et d'égalité de traitement pour tous,
immigrants ou non, il importe également d'avoir le courage de
travailler avec nos coreligionnaires et nos communautés respectives
pour nous réformer nous-mêmes, à la fois spirituellement et
intellectuellement.
La conférence de Tariq Ramadan (« La quête spirituelle : la réforme
de soi et du monde », ce vendredi 6 novembre à l'Université de
Montréal) ne cherche qu'à mettre en évidence la nécessité pour tous les
citoyens, musulmans ou non, de s'associer à l'entreprise de longue
haleine qui consiste, à partir de l'intériorité de nos convictions
intimes respectives, à s'investir pour une transformation de notre
environnement selon les exigences des valeurs universelles et
consensuelles qui nous habitent.
Lorsqu'on est penché sur un projet de société qui aspire à réaliser
de telles préoccupations, on ne peut se permettre d'avoir cure des
parasitages inconséquents qui cherchent désespérément à s'interposer
sur le chemin. Et la caravane passe…